biographie

Aurélia A. naît en Savoie un cinq décembre, comme Walt Disney avec qui elle partage le goût des couleurs, Little Richard celui pour le rock’n’roll et Joan Didion, un amour immodéré pour la littérature.
De ses origines italiennes elle ne gardera que ses cheveux de jais, une passion pour le Caravage et un don certain pour la préparation des pâtes au basilic.
Jupiter, généreux et capricieux, prêt à offrir la lune mais aussi à faire s’abattre la foudre, gouverne son signe astrologique.
Il la rend exigeante, voyageuse (elle ne tient pas en place et n’a cessé de changer de villes et de pays) et, à grands coups de théâtre, orchestre sa jeune existence de nombreux changements aussi radicaux qu’imprévisibles, aussi passionnés qu’esthétiques.
Contemplative et réservée, elle passe son enfance à Chambéry, là où Jean-Jacques Rousseau se retirera un moment pour écrire de célèbres pages, et, dès l’âge de cinq ans, « entre dans la danse », ses splendeurs mais aussi ses sacrifices et ses douleurs.
Elle est « initiée », dans la rigueur, aux premiers mouvements et aux premières positions, par deux femmes professeures inséparables, qu’elle n’oubliera jamais.
Prometteuse, un peu plus de dix ans plus tard, elle est admise au conservatoire d’Avignon, d’où, bac en poche, elle sortira pour rejoindre l’école de Maurice Béjart où elle restera deux années à l’ombre du grand maître imposant et charismatique.
Puis, par un enchaînement de causes et d’effets, dont elle n’a pas encore aujourd’hui complètement démêlé les exactes intrications, elle abandonne tout, vit quelque temps à Lyon, y cherche sa voie, lit énormément (comme elle l’a toujours fait) et pressent l’importance que l’image aura dans sa vie, pour finir par s’inscrire à la faculté d’Arts Plastiques de Bordeaux.
Elle a vingt-deux ans.
Si ce n’est une blessure ineffaçable, cet « abandon » de la danse et de ses promesses, ce changement soudain resteront pour elle une profonde interrogation.
Cela nourrira son art d’un rapport à la modernité et au classicisme, d’un sens des lignes, de l’espace et du cadre, mais aussi d’une grande mélancolie.
À Paris, où elle s’installe finalement, elle confirme une attirance déjà ancienne pour le dessin et entre en faculté d’Histoire de l’Art où elle obtient Licence et Master (option photographie) brillamment couronné d’un mémoire (très bien noté) sur Roy Arden, artiste canadien travaillant sur « l’archive », sujet qui ne cessera depuis de la questionner.
« Je ne suis pas fait pour cette époque ! » chantaient les Beach Boys dans l’inoubliable Pet Sounds.
Aurélia A. pourrait reprendre cette phrase à son compte tant le passé et ses images l’interrogent, la fascinent et lui permettent de créer, à, partir d’inlassables recherches sur la photographie, le cinéma et la peinture, des ponts entre « l’hier et l’aujourd’hui ». Mais nous ne sommes pas là dans un « vintage » de bon aloi, en ces temps troublés, mais dans une véritable investigation dans les mystères de l’art et de la création.
Aurélia A. crée, dans ses dessins, des ponts entre la littérature (Musil, Thomas Mann, Hesse, Crevel…), le cinéma (Godard, Rohmer, Sirk, Renoir…) et la peinture.
Elle dévore les biographies de Dora Maar et de Misia Sert, adore Raymond Depardon et son œuvre documentaire, s’abstrait dans la musique, rêveuse opiniâtre, et, après une période où l’electronica et la redécouverte des joyaux 80’s la font vibrer, c’est plutôt le rock et ses mythes qui l’électrisent aujourd’hui, y reconnaissant des images et une flamboyance qui l’émerveillent et la font… danser.
N’utilisant que très sporadiquement le numérique elle travaille « comme avant » au crayon de papier et de couleurs et ne se reconnaît que peu de véritables maîtres.
Le méconnu George Barbier, Pierre Le-Tan mais aussi Aya Takano.
Le Japon l’attire, dans sa minutie, son trait en trahit l’influence mais c’est le mélange de préciosité et d’émotion, de mal de vivre, de « magie » et de liberté de composition qui frappe immédiatement en regardant son travail.
Elle représente Raymond Roussell, assis à son bureau, irradiant de rayons d’énergie, René Crevel dans le noir et l’or, elle convoque Marguerite Duras, les suicidés de l’art, les Ballets Russes de Diaghilev.
Elle rêve de Gilles Caron, photographe disparu, d’Henry James et de Cary Grant. Elle n’a pas peur d’entrer dans les livres, riches et très épais, de Robert Musil ou de Romain Rolland et de mélanger en son panthéon personnel, le My Generation des Who et la Montagne Magique de Thomas Mann.
Jean-Luc Godard (Sagittaire comme elle) ne cesse de l’étonner et de la stimuler.
Agrémentés parfois de légendes ou de « morceaux de textes », comme autant de clefs pour entrer dans son « monde », ses portraits sont lumineux et graves.
Elle s’éloignera vite de ces adolescentes et du spleen ombrageux de l’époque pour entrer de plain-pied dans la représentation du grand trouble et de la solitude de ses personnages.
Ici la multitude de détails et la précision du trait sont au service d’un « enchantement » par les couleurs.
L’agencement des objets et des êtres dans le cadre est toujours surprenant et déstabilisant (Psychic I et II).
Aurélia A. procède par séries, Versailles, couples, investigations dans son propre passé, écrivains… et prépare son premier livre « All the pictures will be lost ».